Georgette Kokoczynski, dite Mimosa

jeudi 16 novembre 2023, par Pascual

Née le 16 août 1907 à Paris (VIe arr.), morte le 16 octobre 1936 à Perdiguera (Espagne) ; militante anarchiste ; volontaire en Espagne.

Fille de Léontine Brivady ou Brivadis (domestique) [elle même fille d’un propriétaire cultivateur à Lotif dans la Manche] et de Robert Charles Ango, peintre en bâtiment, qui la reconnut en novembre 1908, après son mariage avec sa mère. Son père mourut jeune et sa mère se remaria avec Abel Désiré Perriau dont elle divorça en 1938. En conflit avec son beau-père alcoolique, Georgette Ango avait quitté la maison familiale à l’âge de quinze ans et demi pour gagner Paris où elle fut accueillie chez André Colomer dont la compagne, Magdalena (Madeleine), l’initia aux idées libertaires. Elle vécut ensuite à partir de 1925 en union libre avec Fernand Fortin, qu’elle avait rencontré en 1924 chez Colomer et qui lui fut très attaché ; elle fut membre du groupe Éducation Sociale que ce dernier avait fondé à Loches en Touraine et où elle commença à intervenir dans les meetings et les festivals.

Revenue à Paris en 1928, elle fit partie sous le nom de scène de Mimosa d’un groupe théâtral qui animait les réunions et les festivals libertaires en région parisienne. Elle était également chanteuse à Montmartre au Lapin Agile et au Grenier de Gringoire. Selon Lola Iturbe « quand elle avait fini son récital, elle descendait dans la salle et vendait La Revue Anarchiste » (Paris, 25 numéros de décembre 1929 à juin 1936) dont le gérant était son compagnon Fortin. Elle vendait également les journaux L’Insurgé, L’Anarchie, puis le supplément Choses d’Espagne de la Revue Anarchiste. À la même époque elle obtint un diplôme d’infirmière.

Georgette Ango, surnommée « Mimosa », épousa le 7 novembre 1931 le journaliste socialiste Miecsejslaw Kokoczynski (1910-2003, qui modifia plus tard son nom en Michel Rouzé ; il fut créateur du journal Oran-Républicain de 1937 à 1939 et participa à la résistance), fils de réfugiés polonais et fréquenta « les milieux socialistes d’extrême gauche, ce qui ne l’empêcha pas de maintenir des relations avec ses anciens camarades » (Lola Iturbe).

Le 18 ou le 21 septembre 1936 Georgette partit pour l’Espagne avec un groupe de volontaires sans doute communistes (ou de la CGT ?) en direction de Barcelone. Dans la capitale catalane, elle retrouva certains camarades et amis de Paris. Le 3 octobre, elle fit partie d’un gros convoi de volontaires internationaux envoyés en renfort pour le Groupe international de la Colonne Durruti sur le front d’Aragon.

Dans la colonne qui stationnait non loin de Saragosse, elle s’occupait avec d’autres miliciennes étrangères de l’infirmerie et de la cantine. Elle fut tuée avec plusieurs autres infirmières le 16 octobre 1936 lors de la bataille de Perdiguera. Les détails de sa mort ne sont pas connus, on sait simplement qu’elle fut tuée ou exécutée lors de la prise du bâtiment qu’elle occupait et défendait avec ses camarades du Groupe international. Avec elle et trois autres camarades femmes dont Augusta Marx, Suzanne Hans et sans doute Juliette Baudart, la totalité des défenseurs espagnols et internationaux furent retrouvés morts lors de la contre offensive menée par la colonne Durruti pour dégager à nouveau le village de Perdiguera. La mort d’un grand nombre de miliciens internationaux et surtout celle des jeunes femmes du groupe provoqua une vive émotion parmi les survivants du Groupe international. Le Libertaire communiqua la nouvelle les 6 et 20 novembre 1936, en publiant une lettre faire-part du Groupe des Amis de la Revue Anarchiste, c’est-à-dire de Fernand Fortin.

Le 31 mai 1937, le groupe francophone de la Federación Anarquista Ibérica (FAI) de Barcelone fut constitué (voir Fortin) et adopta le nom de Mimosa, non sans mal d’ailleurs : certains espagnols et italiens de la FAI désapprouvaient l’idée de donner un tel nom à un comité local. Le groupe dut imposer son choix le 23 août 1937 : « Nous avons pris le nom de « Mimosa » parce que c’est le nom de notre chère camarade française Georgette, militante de « La Revue Anarchiste » (de Paris), connue de nombreux camarades anarchistes de France. « Mimosa », venue dans les premiers jours du mouvement pour servir la Révolution, a été tuée par les fascistes criminels à Perdiguera, en octobre dernier. Nous avons pris le nom de « Mimosa » parce que c’est plus facile à prononcer en castillan que le nom de Georgette. Enfin, en tant qu’anarchistes et hommes libres nous avons le droit de prendre un tel nom, un titre qui nous parait ni indécent, vulgaire religieux ou superstitieux. Le nom d’une fleur ne peut pas choquer les compagnons. » (traduction du castillan d’Édouard Sill).

Le groupe Mimosa de la FAI compta très peu de membres, soit une demi-douzaine en juillet 1937. Il s’était installé dans le quartier de Gracia à Barcelone et eut une activité très modeste. En décembre 1938, à force d’exclusions, Fortin et Vorobieff étaient les deux derniers adhérents du groupe.

Georgette Kokoczynski avait écrit un journal intime depuis son départ de Paris en septembre 1936 jusqu’à son arrivée au front d’Aragon, en octobre 1936. En 45 feuillets, incomplets, qui furent recopiés après sa mort par Fernand Fortin, elle décrivait en mots particulièrement poignants son aventure espagnole. Reflet de son profond désespoir intérieur et de sa lucidité mélancolique sur les événements qu’elle vivait alors, son journal est un document inestimable à la fois sur son propre engagement volontaire en Espagne comme celui de ses compagnons anarchistes, mais aussi sur les émotions et la violence de la révolution espagnole.
« Le sort en est jeté, je vais au front moi aussi, je l’ai demandé expressément. Je crois que je ne reviendrais pas, mais cela est sans importance, ma vie a toujours été amère et le bonheur n’existe pas. Le bonheur n’a pas de visage, il n’a pas d’armoiries et pas de couleurs et je ne l’ai pas su trouver. J’avais des trésors de tendresse, des désirs qui n’étaient pas la souffrance des autres et je n’ai pas pu donner assez et je n’ai rien reçu, tristesse ! Vais-je apprendre à tous ces furieux qu’ils méprisent la seule chose vraie, la seule !...la vie qui respire, celle qui consiste à voir les bourgeons éclore, le soleil se lever et les étoiles au ciel. Le bonheur ! Vous ne savez pas comme je l’ai cherché, je m’en souviens à peine moi-même ; dans les livres graves, dans les lits douteux, dans la simplicité des choses. Enfin je vais partir, le bonheur ! C’est peut-être le repos des âmes éteintes. » (Extrait du Journal de Georgette Kokoczynski, septembre 1936.)

Fiche tiré du Dictionnaire international des militants anarchistes créé par l’équipe du Maitron


Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne. 19 juillet 1936 – 9 février 1939
Un coffret de deux livres d’Antoine Giménez et du collectif Les Giménologues

Ce livre témoigne à travers les récits d’Antoine Giménez qui conte ce qu’il a vécu au sein de la colonne Durruti, entre 1936 et 1938, sur le front d’Aragon. L’engagement et la disparition de Georgette Kokoczynski y sont détaillés.

« Dans les trous creusés au flanc des collines d’Aragon, des hommes vécurent fraternellement et dangereusement sans besoin d’espoir parce que vivant pleinement, conscients d’être ce qu’ils avaient voulu être… Bianchi, le voleur qui offrit le produit de ses cambriolages pour acheter des armes. Staradolz, le vagabond bulgare qui mourut en seigneur. Bolchakov, le makhnoviste qui, bien que sans cheval, perpétua l’Ukraine rebelle. Santin le Bordelais dont les tatouages révélaient la hantise d’une vie pure. Giua, le jeune penseur de Milan venu se brûler à l’air libre. Giménez aux noms multiples qui démontra la puissance d’un corps débile… »
Louis Mercier, alias Ridel, Refus de la légende, 1956
Le premier livre de ce coffret est constitué du manuscrit original des Souvenirs de la guerre d’Espagne, d’Antoine Giménez (1910-1982). Il y conte tout ce qu’il a vécu au sein de la colonne Durruti, entre 1936 et 1938, sur le front d’Aragon. Le second livre est consacré à une étude critique du Groupe international de cette colonne, portant sur les principaux épisodes de la guerre dans sa zone d’intervention, sur les collectivités paysannes et, plus généralement, sur les groupes de francs-tireurs, les « Fils de la Nuit », formés sous le contrôle des colonnes. Cet appareil critique a été entièrement revu et corrigé pour cette édition et il a été notablement augmenté, à la suite des multiples rencontres provoquées par l’édition de 2006 et aux recherches poursuivies depuis. Enfin, un CD-Rom rassemble dix heures d’émissions consacrées au récit d’Antoine Giménez.

Les Fils de la nuit est un livre remarquable par tant de côtés qu’on ne sait trop comment en rendre compte. Doit-on dire que nous tenons là le plus précieux des témoignages sur ce qui fut la guerre civile d’Espagne et qui aurait pu être la première révolution vraiment prolétarienne ? Ou souligner que, sans le secours décisif de quelques libertaires, ce témoignage, pour singulier qu’il soit, aurait perdu à ne pas être assorti d’un appareil de notes, proprement extraordinaire, qui le rend si éclairant ? »
Gérard Guégan, Sud-Ouest

Préface de François Godicheau
Coffret deux livres + CD-Rom
Éditions Libertalia
1000 pages — 22 €
ISBN : 9782918059745
Parution : 2 juin 2016